2 Décembre 2008

     Mon rêve est compliqué et bruyant. Je me débats dans le noir dans un endroit inconnu où j'entends des gens frapper les murs et les portes tout autour de moi. Les bruits se font de plus en plus forts, et surtout, de plus en plus réels... J'ouvre brusquement les yeux et me retrouve dans ma chambre d'étudiante à l'étage d'une maison où trois petits studios ont été aménagés pour des jeunes filles. Sauf que, je suis dans un épais brouillard et j’ai du mal à distinguer quoi que ce soit autour de moi. Je ne comprends pas tout de suite : suis-je bien réveillée ou encore dans un autre rêve compliqué ? 
     Et soudain je comprends : c'est de la fumée qui a envahi ma chambre, la maison est en train de brûler ! Aussitôt je saute de mon lit pour aller dans ma salle de bain où il faut mettre les pieds dans la douche pour accéder au lavabo. J'attrape une serviette pour la mouiller et je m'en couvre le visage. Merci les nombreux films catastrophe que j'ai pu voir... 
     Je vais à la fenêtre, l'ouvre, et j'entends : « Mais il y a quelqu'un là-haut ! ». Et des pompiers se précipitent pour venir me chercher.

Lundi 2 Juin 2014

      On m'appelle Miss Catastrophe, et ce n'est pas difficile d'en trouver la raison. Déjà à ma naissance ma maman s'était retrouvée coincée dans l'ascenseur à sa sortie de la mater. 

     C'est pour ça que lorsque ma meilleure amie Élise arrive à notre lieu favori de rendezvous, elle porte déjà un sourire narquois sur le visage. 
- Alors, que t'arrive-t-il cette fois-ci ? 
- Bonjour Élise, oui ça ne va pas trop mal, et toi, ça a l'air d'aller, lui répondis-je, un peu vexée. 
- Ok, Ok, ne fais pas semblant. On sait que si tu m'appelles dès le matin pour qu'on se voit le plus tôt possible c'est qu'un truc t'a tracassée toute la nuit, ou pire, il t'est arrivé quelque chose? me demande-t-elle, en quittant d'un seul coup ce petit sourire moqueur pour un air plus affolé. J'arrive encore à la faire paniquer... Bon en tout cas, là on peut démarrer une conversation sérieuse, j'ai toute son attention. 
- En fait j'ai été contactée via mon blog voyages par un émirien souhaitant faire la promotion de son nouvel hôtel et centre commercial à Dubaï. Il m'a proposé de m'y rendre 2 semaines avant l'ouverture, pour écrire un premier article qui va donner envie aux gens d'y aller, puis de rester 2 ou 3 semaines après l'inauguration des deux sites pour mieux faire connaître son projet. Et il a proposé de tout payer pour moi ainsi que pour une autre personne si je le voulais. Alors comme c'est pour Juillet, tu seras en vacances. Et il faut que je lui donne rapidement le passeport de la personne qui va m'accompagner pour qu'il fasse la demande de visa touristique. Alors ? Qu'en dis-tu ? Tu n'as jamais rêvé de préparer tes cours au bord de la superbe piscine d'un hôtel qui vise apparemment les 6 étoiles ? 
- Alors ça oui, mais sans la partie ''préparation de cours''. On verra ça plus tard ! Je suis partante et mon passeport est prêt, vu qu'on devait se faire un tour de l'Australie en un mois cet été avec Nico. 
     Nico, c'était son amour de lycée. Ils étaient inséparables depuis la Terminale, et puis dès qu'il a eu 30 ans, il y a six mois, il a voulu tout changer, y compris Élise... J'enchaîne rapidement pour ne pas lui laisser le temps de redéprimer. Super, alors tu me l'apportes dès demain, et on part dès que tu as fini tes cours. C'est bien le 5, c'est ça ? 
- Même le 4 si tu veux. Je ne serai pas de correction de bac cette année, et je ne travaille pas le vendredi, alors à nous la belle vie le plus tôt possible ! 
     Sur ce, après notre sage petit goûter accompagné d'une infusion, on décide quand-même de s'offrir un petit verre pour fêter ça. 
     Le lendemain soir Élise m'apporte son passeport à notre cours de zumba, et pour une fois on est toutes les deux bien à fond jusqu'au bout, ce qui nous vaut une petite remarque taquine de la prof. Je n'ai plus qu'à prendre rendez-vous avec Amir, la personne dont le riche émirien m'a laissé les coordonnées en message privé pour que je le contacte une fois décidée. Ce sera lui mon interlocuteur tant que je n'aurai pas décollé. 
     Sauf que je n'arrive plus à mettre la main sur mon passeport, que je me suis mise à chercher une fois ma douche faite. Je me suis dirigée directement vers mon tiroir à papiers, que j'ai dû fouiller, puis vider totalement parterre, mais rien. Là, assise à même le sol, entourée de mes papiers, j'ai perdu d'un coup mon état d’euphorie qui m'avait fait faire des prouesses à la zumba deux heures plus tôt. Il est 23h30 et je résiste à la tentation d’appeler Élise pour essayer de quitter l'état de panique dans lequel je me trouve. En même temps je ne vais pas réussir à dormir tant que je ne l'aurai pas trouvé. Oui mais Élise a cours dès 8h le lendemain... Bon allez, Mélanie, réfléchis un peu. Quand en as-tu eu besoin pour la dernière fois ? 
     Ah ça y est, j'ai trouvé ! Je me précipite alors vers mon scanner et ouf, il est bien là, toujours ouvert à la page de ma photo. C'est vrai que j'en avais eu besoin deux semaines auparavant pour créer mon compte sur un site d'échanges de logements. C'était mon projet pour cet été avant de recevoir le mail de Faisal Sajwani, cet émirien qui m'avait proposé d’écrire un article sur son projet, pour qu’il apparaisse sur mon blog, et dans le Gulf News, apparemment un journal local aux Émirats Arabes Unis. 
     Bon là je le pose sur la console à l'entrée, juste à côté de mes clés. J'ai mérité ma nuit de sommeil paisible. 
Mercredi 4 Juin 2014 
     Le lendemain j'appelle Amir pour lui fixer un rendez-vous afin de lui remettre les deux passeports, puis je m'installe dans le canapé avec ma tablette pour répondre aux messages sur mon blog et mettre un teaser pour annoncer mon projet de cet été. 
     Je ne reste pas concentrée très longtemps, j'ai tellement hâte de commencer cette nouvelle aventure ! Je me demande bien aussi à quoi peut ressembler Amir, et s'il pourra m'en dire un peu plus sur son patron. Il m'avait laissé un nom, que j'ai bien sûr vérifié sur Google, mais je n'ai rien trouvé sur lui. Il a dû payer des nettoyeurs professionnels pour effacer ses données virtuelles, mais pour quoi faire ? Ou alors il est tout simplement moins connecté que moi. 
     Encore heureux, je savais que j'aurai du mal à patienter donc j'ai fixé le rendez-vous pour le midi même dans une crêperie près du port de plaisance. Amir avait l'air d'être très disponible. Tant mieux, j'aurai le temps de lui poser toutes mes questions.
     Il est 12h25 quand j'arrive à la crêperie, soit cinq minutes avant l'heure, mais apparemment Amir m'attend déjà puisque dès que je donne mon nom on me dirige vers la table la plus au fond de la salle, coincée entre un buffet, des étagères de verres, et un autre mur. J'aurais plutôt choisi le milieu de la salle pour avoir un bon point de vue sur les autres clients, ou alors près de la vitrine, pour avoir le loisir d'observer les voitures tenter des créneaux plus ou moins bien réussis ; mais bon, il aime sûrement la discrétion. « Ce n’est pas le moment de demander de multiples changements au menu Mélanie, me sermonnais-je à l’avance dans ma tête. Il faut faire bonne impression ! ».           Amir se lève en me voyant arriver vers lui et m'adresse un signe respectueux de la tête, tout en tirant une chaise à mon intention. Il est un peu plus grand que moi, très fin, avec une moustache et une barbe très soignés. Ses yeux ne sont pas très grands et sont tellement sombres que je n'en distingue pas la pupille. Il a le regard perçant et assuré, mais j'y décèle également une lueur indéfinissable qui pique ma curiosité. On dirait de la mélancolie.
     Il interrompt mes réflexions en me demandant poliment si c'est un restaurant que j'ai l'habitude de fréquenter. Je lui raconte qu'après mes études de langue à l'Université de Caen, ma meilleure amie Élise a passé un concours pour devenir enseignante, et que c'est le restaurant qu'elle m'a offert avec son premier salaire. Depuis, c'est devenu notre endroit, celui où l'on fête des étapes clé de notre vie : premiers boulots, présentation d'un petit ami, bonnes nouvelles, et même mauvaises, car une crêpe aux trois chocolats a le pouvoir de consoler, au moins temporairement, pas mal de petits soucis. Mais je ne vais pas jusqu'à lui donner ces détails qui sont un peu trop personnels pour être exposés devant une personne qui pour le moment m'est étrangère. Il me demande alors si c'est la personne qui va m'accompagner à Dubaï. 
- Et oui, ce sera Élise en effet. Elle sera disponible un bon mois aussi puisqu'elle est enseignante. Ses vacances d'été commencent le 4 Juillet et elle ne reprendra que le 1er Septembre, puisque le 31 Août tombe un dimanche cette année. Elle aura donc le temps de m'accompagner et se remettra au travail à son retour. Ça tombe super bien. 
- Tant mieux. Par contre je préfère vous prévenir qu'il fera très chaud. Le projet aurait dû être achevé pour le mois d'Avril, mais il a pris du retard. Mon patron veut quand-même maintenir l'ouverture le plus tôt possible, même si Juillet et Août sont les mois où les températures sont les plus élevées, donc ce n’est pas forcément la période la plus propice au tourisme. Mais au moins cela vous permet de partir avec votre amie, donc ce n'est pas plus mal, me dit-il avec un sourire qui se veut chaleureux, mais qui a du mal à gagner son regard malgré tout. 
      J'hésite à lui demander ce qui presse tant son patron, car de toute façon j'aurais pu venir et rédiger mes articles plus tard s'il l'avait fallu. J'avais déjà prévu un autre thème pour cet été et plusieurs sites m'avaient contactés pour Juillet. Pour moi l'intérêt était clairement financier car on ne m'avait jamais proposé de telles conditions pour apparaître sur mon blog. Mais quel était l'intérêt pour lui ? Il me semblait qu'il n'était pas limité par l'argent en tout cas. Avant que je ne me lance enfin pour lui poser la question, Amir me demande s'il peut récupérer nos deux passeports pour commencer les démarches au plus vite. Je lui donne aussitôt car je sais bien que j'aurais été capable de repartir en ayant oublié de les lui donner. Le serveur arrive alors pour prendre nos commandes et éloigne encore un peu plus mes chances d'assouvir ma curiosité sans paraître trop pressante. Tant pis, je guetterai un autre moment dans la conversation pour revenir sur les raisons de son patron. Les commandes passées, on nous apporte une carafe d'eau. Ni Amir ni moi n'avons commandé d'alcool. Gardons l'esprit clair, je veux en apprendre un peu plus sur son patron... 
     Il se met alors à sortir des documents d'un petit porte-document en cuir noir qu'il avait posé à ses pieds, contre le mur. - Comme votre article doit partir du projet non fini et aller jusqu'aux premiers clients, je vous ai apporté les plans, un peu de documentation, et quelques photos du chantier tel qu'il est actuellement. Je vous laisse regarder et reste à votre disposition pour répondre à vos questions éventuelles. M. Sajwani aimerait un premier article avant votre départ pour donner envie aux gens de s'intéresser au projet avant qu'il ne soit fini. Nous prendrons des préréservations pour le jeudi 24 Juillet. Tout devrait être prêt le 19 au plus tard, comme ça vous aurez 2 semaines avant l'ouverture, et vous pourrez rester deux ou trois semaines après. - Attendez, je sors mon carnet et je vais déjà prendre note de ces dates pour les fournir aux futurs clients qui liront mon article. Je lui redemande les différentes échéances pour être sure de ne pas me tromper, et j'examine les plans et les photos d'abord. Notre galette arrive, et je mets de côté les plans pour ne pas les salir. Je regarde les photos, qui montrent la superbe architecture des lieux, et l'intérieur de certaines chambres, puis je m'intéresse au fascicule qui détaille les caractéristiques des différentes chambres et suites. 
- Là, dans la suite Al Sarab, c'est quoi cette « douche sonore » quand on est dans l'espace salon télé par exemple? 
- En fait c'est pour respecter les envies et l'espace de chaque personne. Si votre amie Élise veut regarder un bon film indien à la télévision, mais que vous voulez lire ou écrire votre article sans être dérangée par les nombreuses chansons qui ponctuent ces films, il vous suffit de vous asseoir dans cette partie-là du salon. Seule Élise entendra le son de la télévision depuis le canapé qui se trouve en face de celle-ci si vous actionnez ce mode « douche sonore ». Vous pourrez rester concentrée, tout en étant à côté d'elle, sans entendre le moindre son. Rester ensemble sans se gêner, c'est ça l'idée. 
- Alors ça c'est une super idée ! Je n'en avais jamais entendu parler. Et je vois qu'il y en a d'autres, des idées innovantes. Se faire livrer son dîner en chambre par un drone qui descend d'une sorte de cheminée, c'est impressionnant aussi ! Mais je m'aperçois qu'il ne m'écoute plus et je suis son regard qui s'est durci. Je me retourne vers la vitrine qui donne sur la rue. J'ai tout juste le temps de voir un homme au téléphone qui semblait faire un signe dans notre direction avant de descendre la rue vers le port. 
- Veuillez m'excuser un instant Mademoiselle, j'ai oublié que je devais appeler mon patron pour lui confirmer votre venue et je réalise que je l'ai déjà fait trop attendre. Je vais dehors quelques minutes pour ne pas vous déranger et je reviens pour que l'on commande le dessert. Vous me direz ce que vous me conseillez. 
- D'accord, pas de problème. Je vais finir de regarder les plans en attendant. Je lui réponds sur un ton léger, mais je trouve ça bizarre tout de même. Il pourrait juste envoyer un message depuis son siège. Et pourquoi a-t-il changé d'expression tout à coup, son patron doit être très exigeant ! Mais est-ce que l'homme que j'avais vu pourrait lui avoir fait signe, ou parlait-il au téléphone en faisant plein de gestes ?    Bon après tout, ça m'est égal, je préfère me projeter vers ma future suite où je vais pouvoir découvrir plein de petites merveilles technologiques, et me faire chouchouter par le personnel de l'hôtel. Ça allait être un super voyage et ça tombait super bien pour Élise à qui j'avais pour objectif de faire oublier qu'elle devait se trouver avec Nico pour explorer l'Australie en amoureux pendant un bon mois. En plus c'était moi qui avais préparé leur programme, comme j'y avais passé deux mois deux ans auparavant. Amir revient, s'excuse, et me dit que son patron est content que je semble aussi intéressée par son projet. 
- Du coup, quel est votre dessert préféré ? Je prendrai le même. - En fait c'est tout simple mais c'est bon : la crêpe aux trois chocolats. Mais si vous voulez, il y a des desserts plus élaborés comme la gourmande, avec des pommes caramélisées et une boule de sorbet, ou un de leurs autres desserts signature. 
- Non, non je vous suis. Nous commandons alors le dessert avec un café, et je ne peux m'empêcher à ce moment-là d'exprimer un peu ma curiosité. 
- Vous parlez vraiment bien français, où l'avez-vous appris. 
- Mes parents sont libanais. Et comme beaucoup de libanais ils parlent arabes et français, du fait de notre histoire commune. Mais en plus de ça, ma grand-mère maternelle était française. - Ah oui ? Mais vous venez de me dire que vos parents sont libanais, l’interrompais-je. Amir reprend alors son récit. Un sourire vient alors adoucir ses traits et chasser son petit air mélancolique. 
- Elle a connu mon grand-père à l'épicerie de ses parents. Mon grand-père voulait parcourir l'Europe et profiter de sa jeunesse avant de rentrer au Liban reprendre l'usine de meubles de son père. Il proposait donc ses services à qui voulait en chemin pour pouvoir financer la suite de son voyage. Ce jour-là il est donc venu proposer de retaper et repeindre la façade de l’épicerie car il avait remarqué en passant devant qu'elle en avait bien besoin. Il a donc tenté sa chance. En entrant il est tombé sur ma grand-mère qui remplaçait alors sa mère au comptoir. Je le vois encore nous raconter cette rencontre. J'avais 6 ans. Il semblait faire un voyage dans le temps lorsqu'il en parlait : ses yeux se perdaient au loin, mais pourtant il semblait fixer quelque chose de bien précis. Son visage tout entier s'illuminait, le faisant même paraître plus jeune, et sa voix tremblait légèrement. Ils se sont regardés et il m'a expliqué qu'à ce moment-là il savait qu'il était arrivé au bout de son voyage. De son côté ma grand-mère fut charmée par ses yeux verts et sa peau mate, mais surtout par son petit accent lorsqu'il lui racontait les détails de son périple. Par contre cela lui a pris plus de temps pour réaliser ce qu'il s'était passé. Mon grand-père a effectivement rénové la façade de l'épicerie contre le gîte et le couvert, ainsi que quelques sous, puis il a dû quitter les lieux à la fin de son travail. Il n'a cependant pas pu se résoudre à s'éloigner de leur village. C'était à Blangy-le-Château, dans le Calvados. Il est donc resté en Normandie, et s'est rendu jusqu'à Caen où il a trouvé un travail plus stable aux chemins de fer. Et il a attendu le temps qu'il a fallu pour conquérir ma grand-mère et rassurer ses parents. Pendant ce temps-là son propre père devenait de plus en plus insistant pour qu'il rentre enfin à Beyrouth prendre sa place à la gestion de leur entreprise familiale. Ma grand-mère s'est peu à peu rendue compte qu'elle attendait ses visites avec impatience, et même souffrance, et ils ont fini par se marier le 17 Mars 1962 à Blangy-le-Château. Malgré sa tristesse de quitter ses parents et son angoisse d'aller dans un pays qu'elle ne connaissait pas, ma grand-mère l’a suivi au Liban, où ils ont célébré un mariage dans les traditions locales. Ils ont eu trois enfants par la suite. Chaque année, ils revenaient en France pendant deux semaines à Noël, jusqu'à la fin des années 1970 lorsqu'ils ont décidé de fuir le pays qui commençait à s'embraser. L'épicerie des beaux-parents avait été vendue à un employé donc mon grand-père a retenté sa chance auprès des chemins de fer. Il a trouvé un travail à Pont-L'Evêque, ce qui leur a permis d'être accueillis chez les parents de ma grand-mère. En effet ils étaient arrivés sans un sou, ayant tout laissé sur place, y compris l'usine qu'ils n'avaient pas eu le temps d'essayer de vendre. A la mort des parents, ils ont conservé la maison de Blangy-le-Château. J'y ai passé pas mal d'étés, et même plus quand j'ai suivi des études de commerce à Paris. C'est là que j'ai rencontré Monsieur Sajwani. 
- Cette histoire est digne d'un scénario de film ! J'en avais même oublié de commencer ma crêpe pendant qu'elle était encore chaude, fait suffisamment rare pour être mentionné... 
- Oui c'est sûr. 
- Et vos parents, comment se sont-ils rencontrés, puisqu'ils sont tous les deux libanais, c'est ça ? 
- Par leurs études à Paris. C'étaient deux enfants d'émigrés libanais, ça les a rapprochés. Ils vivent à Dourdan, dans l'Essonne. - Et vous, vous vivez à Dubaï ? 
- Je fais la navette entre le France et Dubaï. Je suis chargé de toutes les affaires de mon patron ayant un lien avec des français, ou la France. Mais arrêtons de parler de moi, j'ai suffisamment monopolisé votre temps. Dites-moi ce que vous pensez du projet, maintenant que vous avez étudié les documents que je vous ai apportés ? Mince, moi qui pensais profiter de ce moment plus personnel pour enfin poser les questions qui me trottaient dans la tête au sujet de son patron. 
- Franchement, je n'ai jamais vu autant d'innovations concentrées dans un même lieu. Rien que ça, ça vaut le détour. Ensuite les photos - montrent des chambres décorées avec goût, dans des tons noirs, blancs et rouges qui sont très actuels. On ne voit pas encore ce qu'il pourrait y avoir comme petites attentions dans la chambre, mais je suis sure qu'elles seront dignes des 6 étoiles auxquelles votre patron aspire. L'espace piscine et bien-être prévu sur les plans, et dont j'ai pu voir quelques photos de chantier, est tout simplement superbe. J'aime beaucoup les 2 petits ponts qui passeront au-dessus de la piscine, l'espace bar pieds dans l'eau très design, les petits îlots sur lesquels on pourra grimper, et tous les autres détails prévus. C'est vraiment unique. C'est plus qu'une piscine, c'est un concept entier. J'ai hâte de voir et de profiter de tout ça en vrai. Je ne manquerai pas de rédiger un article aussi enthousiaste que je le suis ! 
- Justement, à propos de vos futurs articles, j'aimerais que vous me les envoyiez par mail ou par MMS avant de les poster si c'est possible? 
- Bien sûr, c'est normal. Je vais m'y mettre dès cet après-midi pendant que j'ai la tête bien dans le projet, et je vous envoie ça dès que c'est prêt. 
     Sur ce, il insiste pour payer mon repas, puisque d'après lui j'ai déjà commencé à travailler pour leur compte. Poli et gentleman jusqu'au bout, il me précède pour m'ouvrir la porte. Il a alors tout juste le temps de tendre le bras pour me rattraper tant bien que mal : je viens de coincer la pointe de mes sandalettes dans le pas de porte au moment de sortir et j'étais bien partie pour m’écraser tout droit dans la Clio rouge qui avait eu le malheur de se garer là. Dire que j'avais pris soin pendant tout le repas de faire des gestes lents et maîtrisés pour ne rien renverser sur les plans. Je viens de trahir ma vraie nature. C'est toute rouge que je le remercie vivement et m'excuse pour ce moment gênant. Il a la délicatesse de me répondre que cela arrivait à tout le monde, puis s'incline en me disant à bientôt. 
     Je rentre directement à mon appartement. Une fois arrivée, je me mets en mode 'écriture d'article', c'est-à-dire que j'étale tous les documents ayant trait au projet sur ma grande table à tréteaux, et je punaise les photos au tableau de liège juste au-dessus. Mon salon va être en bazar pendant un mois, jusqu'au départ, mais ça fait partie du jeu !

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J'espère que ça vous aura plu!