Quel qu’un a perdu un billet  " 
 
Encore une journée de travail sans grand intérêt mais harassante , l’éternel défilé des clients dans la salle d’attente : 
- ceux qui avaient rendez-vous et s’impatientaient si le médecin prenait du retard dans ses consultations , trépignants sur leur chaise en me demandant à chaque sortie du cabinet : “ C’est à mon tour ? ” et se renfrognaient de mon éternelle réponse : “ pas encore ”
-ceux qui se drapaient dans un juste courroux : «  si on prenait rendez-vous c’était pour éviter de longues heures d’attente .. » 
-ceux qui m’invectivaient en précisant qu’ils n’avaient rien contre moi et que cela n’était pas ma faute  et ceux qui me plaignaient de devoir subir leurs récriminations en espérant secrètement ” piquer ”  sa place au râleur
-ceux qui m’expliquaient qu’ils étaient attendus ailleurs, qu’ils devaient aller chercher les enfants à l’école …
-ceux qui téléphonaient pour un rendez-vous , insistaient pour obtenir le jour et l’heure qui les arrangeaient et finissaient après moulte palabres , de mauvaise grâce  par accepter ma proposition
-ceux qui venaient à l’improviste en espérant avoir une mesure de faveur et pouvoir malgré la salle bondée passer entre deux clients : “ vous comprenez ..”et défilait la liste des raisons toutes aussi fallacieuses les unes que les autres qui devaient me conduire à faire une exception pour eux . Ils se postaient dans le couloir entre la salle d’attente et le cabinet du médecin dans le but de le ” choper ” au passage quand il raccompagnait son patient et obtenir de lui de le voir car c’était “juste pour un papier à signer ” ” une ordonnance à renouveler ” ” un conseil à  demander” …ils me lançaient un regard triomphant en suivant le médecin qui avait dit ” OK , venez ” , mais les doléances de ceux qui trouvaient ce procédé injuste , mal élevé , culotté même étaient toujours pour moi  : ” pas votre faute mais…..“
Un sourire , un mot aimable pour chacun…pas question de montrer mon énervement ou mon ras le bol.
Je vivais l’agenda à la main   , notant , rayant , modifiant , et si une erreur se glissait parfois , tout le monde trouvait cela inimaginable !
Entre ceux qui arrivaient en retard , ceux qui voulaient un passe-droit , ceux qui …….j’étais en surcharge.
-Sophie , regardez le carnet de rendez-vous
-je prendrais Monsieur ….entre deux rendez-vous , à moi de gérer la situation .
Sans parler des visites à domicile , il fallait prendre en compte l’urgence médicale , le lieu géographique , estimer l’heure fonction de …..
Le mot rendez-vous envahit mon univers , il  m’agresse , il m’assiège   , il me cerne , il me réduit à sa merci et en plus il me suit quand je rentre à la maison .
-Maman , tu as pris rendez -vous chez  le véto pour les vaccins du chat ?
-N’oublies pas le rendez -vous au lycée de mercredi 
-Sophie , c’est bien à 11h le rendez-vous à la banque ? Je ne pourrai pas y aller , on m’a fixé un rendez-vous à la même heure….tu peux y aller sans moi ou l’annuler
-Chérie , je rentrerai plus tard , j’ai rendez-vous avec un client , ne m’attends  pas pour dîner
J’entendais parler de rendez-vous à longueur de journée et ce mot me provoquait des allergies…une overdose .
Lorsque un ami me disait …rendez-vous à…..je faisais une sorte de blocage , mon cerveau se refusait à enregistrer cette information et j’occultais toute forme de phrase qui induisait la fixation d’une date , d’une heure …
J’avais développé une phobie du rendez-vous et la seule idée de m’y soumettre  provoquait chez moi une véritable hystérie
-si vous aviez pris rendez-vous à l’heure où vous étiez disponible vous auriez évité une longue attente , me conseillait en souriant ma coiffeuse
-Tu es venue à l’improviste , me disait ma sœur, c’est pas de chance ! j’ai rendez vous a l’école avec l’institutrice . Si tu m’avais prévenue j’aurais pu le décaler
 
Après une journée de travail , je marchais tranquillement dans la rue , savourant le plaisir d’être seule et sans rendez-vous , comme tous les soirs , en faisant le trajet à pieds du cabinet médical à la maison , un moment de répit bien mérité
Un  vent léger ébouriffait mes cheveux bruns ,courts et bouclés quand un petit papier blanc tel un papillon se posa sur ma jupe
Je le saisis pour le jeter quand un parfum de jasmin m’intrigua machinalement je le dépliais :
-Rendez-vous à 20h au café de la Cigale  .
A la seule vue du mot rendez-vous ..j’ai vu rouge , décidément le sort me poursuivait  , je froissais rageusement le papier et l’enfouis au fond de ma poche , excédée que mon moment de calme soit ainsi gâché . Encore un rendez-vous ! Quelle horreur !
Mais voilà c’était faire fis des voies tortueuses de l’esprit qui malgré moi aiguillonné par la curiosité , analysait , supputait , s’interrogeait , cogitait , bâtissait un roman sur ce rendez-vous inconnu
Malgré moi j’échafaudais des théories expliquant ce message , les unes terre à terre et banales , les autres plus insolites ou romantiques et les secondes étaient plus motivantes au vagabondage de mes pensées .
-Une écriture un peu enfantine , ronde….pas un ado pourtant… Il aurait envoyé un SMS …quelqu’un de pressé , pas très soigneux car le morceau de papier avait été déchiré à la hâte , un coin de feuille avec des lignes ….mais qui utilise  encore des carnets ou des cahiers à notre époque ? Pour un rendez-vous galant….un peu laconique ..aucun petit mot affectueux …volontaire peut être , nécessité oblige 
-Aucune indication .. ce rendez-vous avait lieu aujourd’hui ? aucun moyen de le savoir …sauf peut être d’y aller . Très aléatoire …et même dans ce cas les protagonistes demeuraient inconnus 
 
Cette idée saugrenue commençait à me trotter dans la tête insidieusement …mon bon sens naturel me disait que c’était stupide , ridicule ,…de quel droit m’immiscer dans la vie d’inconnus ? en quoi cela me regardait ? en quoi , savoir , avait de l’importance ? je serais bien avancée si rien ne se passait , même en étant présente tout pouvait se dérouler à mon insu …..stupide !
Je me gourmandais toute seule :
-toi qui a horreur des rendez-vous , dont le mot seul te révulse , c’est un comble d’affabuler sur ce mot griffonné …
-à ton âge  ! te conduire comme une midinette !
Je refusais de me plier au moindre rendez-vous dans ma vie personnelle et voilà que j’allais me rendre à un rendez-vous qui n’était pas le mien , personne ne m’avait demandé d’affabuler sur cette histoire  …quelle histoire d’ailleurs ? un banal repas familial , un apéro entre amis , un lieu de départ pour une virée entre copains …
Mais voilà la raison a des raisons que la raison ignore et je savais que , si je ne connaissais pas le fin mot de tout , cela me tarabusterait pendant des jours , que mon imagination ne cesserait d’élaboré des scénarios plus abracadabrants les uns que les autres .
Ce rendez-vous , lui , avait un parfum de fruit défendu , de mystère , des romans feuilletons de ma jeunesse, il réveillait en moi l’incorrigible besoin de romance qu’on emprisonne sous la réalité de la vie quotidienne .
Les rendez-vous sonnaient comme des contraintes , des servitudes mais la , tout à coup celui la faisait naître un sentiment de liberté , de légèreté , un saut dans l’inconnu , une ivresse oubliée.
La seule solution était de me rendre dans ce café ,mais je me sentais bête d’opter pour cette idée….mal à l’aise aussi , comme un sentiment de voyeurisme…avec un grain d’excitation de jouer les détectives privés , à l’idée que ma théorie soit la bonne
J’avais , logique , choisi  le rendez-vous amoureux ,une liaison secrète, un adultère peut être mais sans les côtés sordides .
Je voulais y voir une idylle et pas une trahison, de nobles sentiments et pas une”histoire de cul ” 
Après tout je ne risquais rien ,le café  de la Cigale était un établissement bien fréquenté , une clientèle cosmopolite  , très animé les soirs d’été , prendre un verre dans ce lieu était tout à fait naturel et envisageable .
Pour être à ” ce rendez-vous “ il me fallait trouver une bonne raison de sortir ce soir
Un peu mauvaise conscience à cette idée …après tout je ne faisais  rien de mal ! Pourtant devoir expliquer mes motivations face à mon mari ou mes enfants n’aurait pas été évident
L’idée de faire quelque chose en secret  , seule , sans que cela ne soit condamnable vis à vis  des miens ajoutait du piment à l’aventure , une sorte de mensonge véniel n’engendrant  ni mal ni peine pour personne
Lorsqu’il s’agit de trouver un alibi , les bonnes vieilles méthodes ont faits leurs preuves ,soit le boulot soit la famille ou les amis
…..” je vais au cinéma avec mon amie Christine ” ce fait coutumier qui pour une fois serait impromptu convenait tout à fait  :
 “ elle m’a téléphoné cet après -midi, elle veut absolument revoir le film à l affiche cette semaine ” il suffisait de consulter le programme .
Je ressentais une sorte de malaise en préméditant ce mensonge comme si j’avais vraiment ce rendez-vous à l’insu de tous mais l’expédition était trop insolite  et jouissive pour que j’y renonce au nom du bon sens et de la raison
-Fatale erreur ! une fois l’excuse donnée commence le problème de la crédibilité , le risque d’être démasquée  …
-Comme disait mon Grand-père : ” je veux bien te croire mais le jour où je mentirai tu me croiras aussi ” et c’est exactement l’impression  que me renvoyait mon amie :
-tu abuses ! heureusement que moi je n’ai pas de mari et de comptes à rendre , tu es inconsciente de prendre de tels risques si tu n’as pas en fait une forte motivation ..et son ton dubitatif prouvait que pour elle il y avait anguille sous roche … “tu pourrais me mettre dans la confidence ” disait en fait son beau discours … un peu vexée de mon manque de confiance.
Cette brasserie était en plein centre ville, à 20 minutes de mon domicile , dans la même rue que le cinéma  , ce qui avait induit mon mensonge .
 
Mon mari est rentré à 18h comme d’habitude, après avoir échangé quelques mots sur notre journée , il s’aperçoit qu’il n’a plus de cigarette :
 -je te prends un peu de monnaie et je vais en chercher
J’attendais avec impatience et appréhension qu’il remonte pour lui parler du cinéma  mais des  son retour,  il m’annonce :
-je suis désolé , j’ai rendez-vous avec un nouveau client ce soir , je ne peux pas y échapper , je dois repartir vers 19h . Le boss a organisé  cette prise de contact en fin d’après -midi , je n’ai pu te prévenir avant .
Bien sur il en a assez de toutes ses heures tardives en plus mais quand on est cadre supérieur , il ne faut pas ménager sa peine si on veut rester au top .
-Ce n’est pas grave , justement Christine m’a proposé de l’accompagner à la séance de 20h30 au Gaumont ,je vais préparer un repas froid pour les enfants  .
A 15 et 17 ans ils se débrouillent très bien tout seul , ravis même d’échapper au repas familial et d’organiser leur soirée à leur guise sans avoir les parents sur le dos à propos des téléphones portables qui prohibés à table vibrent désespérément sur le guéridon du salon .
-Tu veux que je te dépose chez Christine en partant ?
-Non , on doit se rejoindre directement au cinéma 
-Tu sais cela ne me dérange absolument pas , insiste Paul en se dirigeant vers la porte d’entrée.
Je suis soulagée de son départ ,  une fois seule j’hésite , j’ai des remords de lui avoir raconté des mensonges , je suis prête à renoncer à cette folle équipée mais voilà une petite voix me souffle :
«  Maintenant que tout est prévu , que le mal est fait en quelque sorte cela serait bête de rester à la maison et de ne pas connaître le fin mot de cette histoire »….toute excitée à cette idée  , j’éprouve un mélange complexe , je suis à la fois une sorte d’enquêteur qui s’immisce incognito dans la vie des autres , à la fois l’héroïne d’une aventure secrète mais purement imaginaire .
Choisir des vêtements ? pas trop voyants ni sophistiqués pour passer inaperçue mais je veux malgré tout être à mon avantage . 
J’éprouve une sensation étrange d’aller seule dans un  café en soirée , je ne veux pas avoir l’air godiche ni provocatrice…et oui ..j’ai perdu l’habitude …non que je sois négligée ou non apprêtée en temps normal mais…….
La , ce rendez-vous revêt les attraits d’une rencontre avec un inconnu , du style   ” je porterai une rose rouge au corsage ou un journal sous le bras gauche “, personne ne se connaît avant donc tout est possible…
Cette idée me séduit , m’étonne “je suis heureuse dans ma vie..pas de place pour un “rendez-vous à “
J’ai simplement gardé le tailleur bleu que je portais , une façon de minimiser le trouble qui m’assaillait .
 
Une petite demi heure pour atteindre en flânant la place de l ‘Hôtel de Ville où le café de la Cigale se situe .
Par cette chaude soirée de juillet les rues sont pleines de vacanciers déambulant entre les vieilles maisons endormies et le bruissement de l’eau des fontaines illuminées . Du café de la cigale émane de la musique , le bruit des conversations mêlé à celui des verres qui s’entrechoquent  , une palette de voix et de rire résonnant le long des vieilles pierres polisées, pour se fondre dans leur silence
Le mystère né de ce billet donne à ces lieus familiers une magie soudaine  provoquant un émoi inconnu.
J’entre , un peu désorientée , aberrant !  mon cœur bat vite comme une collégienne . J’examine les lieux  soucieuse de trouver une place stratégique adaptée à mes desseins , qui embrasse la salle intérieure , la porte et la terrasse , l’endroit idéal .
 La salle est bondée , il ne reste qu’un tabouret de libre au bar, c’est la place rêvée .
Assise devant une citronnade , j’inspecte du regard tout autour , essayant de deviner parmi les clients lesquels peuvent être les acteurs de mon histoire .
Je regarde en éliminant les groupes , les personnes accompagnées pour me concentrer sur les clients seuls à leur table …. particulièrement  ceux qui semblent attendre l’arrivée de quelqu’un…..qui paraissent impatients , inquiets , qui regardent avec insistance la porte , jettent souvent un regard circulaire sur l’assemblée , consultent leur montre à intervalles réguliers….ceux qui , à mon avis , porte un signe distinctif ….un à priori volontaire car rien n’indique que ce rendez-vous soit de ce type ….mais j’aimerai tellement qu’il soit ainsi …un peu fleur bleue…et Christine serait partie d’un grand éclat de rire en me voyant , ironisant sur mes cogitations . 
Au final il y a peu de solitaires dans l’assemblée  , selon mes critères  , deux sont possible  , des hommes car mon “script” veut que l’auteur du billet soit masculin et attende l’élue de son cœur…Très conventionnel , démodé même , un brin sexiste , romantique à souhaits, uniquement la vision “”grand amour” . Je ne suis pas vraiment dupe mais je préfère croire cela qu’un banal rendez-vous d’affaires. , amical…..limite le côté adultérin moralement contestable à un côté un peu sulfureux non désagréable .
Des clients entrent , sortent , la pendule indique 20 h20 …retard ou lapin ? ou le rendez-vous est un autre jour , ou il a eu lieu et je n’ai rien remarqué …ou…
-Encore 10 minutes et je rentre chez moi .
L homme juché au bar à côté de moi entame la conversation , je ne l’ai pas remarqué avant , le schéma classique :
-Vous êtes seule ? vous attendez quel qu’un  ?
Assez de parti pris ….Il n’a pas l’air d’´un dragueur , en le regardant attentivement , plutôt triste , une légère inquiétude … cherchant simplement une oreille compatissante
-Moi , j’avais rendez-vous ,  mais la personne n’a pu venir , un empêchement de  dernière  minute . Je peux vous offrir un verre ?
Il n’est pas désagréable à regarder ,il s’exprime d’une voix mélodieuse ,un charme qui ne me laisse pas insensible…..juste le petit plaisir de savoir qu’on peut encore plaire …sans conséquences ….quelques mots devant un verre , de citronnade en plus ,pas de quoi perdre la tête !
Je n’ai pas le temps de lui répondre ni de poser des questions , la porte s’ouvre  , je regarde instinctivement et le ciel me tombe sur la tête !
 A ce moment la une déferlante s’abat sur moi ! …dans l'embrasure de la porte : PAUL  , il jette un regard circulaire manifestement à la recherche de quelqu’un….dans ses yeux brille une flamme inhabituelle , de l’anxiété , lui si calme  en temps normal
Pour moi , soudain , tout est clair, tout dans son attitude le désigne comme l’auteur du billet et il cherche avidement la femme à qui il était destinée
Ce que j’ai ressenti à ce moment la est difficile à décrire , tant de choses affluent à mon cerveau et dans mon corps…..pétrifiée….malheureuse….au bord des larmes…..en colère …prête à mordre…..j’hésite entre m’écrouler ou lui sauter dessus……entre pleurer ou le battre……entre crier ma douleur….lui lancer des injures ou me draper dans ma dignité…..jouer l’indifférence……et …je n’ai rien fait…je suis restée assise sur mon tabouret sans faire un seul geste ni prononcer un seul mot…une sorte de grand choc dans la poitrine qui me laisse hébétée …mon monde s’écroule en un instant.  Je suis tétanisée et lorsque nos regards se croisent  je suis incapable de réagir .
Lui en trois enjambées est à côté de moi, sa voix exprime un mélange de douleur  , d’agressivité , et d’incompréhension .
-Tu ne me présentes pas à ton compagnon  , prononce t’il d’une voix atone en posant son bras sur mes épaules , je le ferai moi-même  : ” je suis le mari , je ne peux pas dire “enchanté de faire votre connaissance mais comportons nous en gens civilisés , si vous le voulez bien “ .
Les veines de son cou saillent montrant l’effort qu’il fait pour garder son calme .
C’est beaucoup trop pour moi , mon cerveau a du mal à assembler tous les morceaux , à assimiler la situation ubuesque qui se déroule
-C’est lui qui avait rendez-vous à  … et c’est moi qui selon lui  avait rendez-vous à….qui avait rendez-vous à…
-Il me trompe et veux faire croire que c’est moi ! Il m’a menti , je comprend mieux les heures du soir pour être un cadre”au top”.
Tout se bouscule , se télescope…
 - si il est là , il m’a prise en filature ! Pourquoi ? Il n’a aucune raison de douter de moi . Rien dans notre vie ou dans mon attitude ne pouvait lui faire supposer une telle chose ! ses doutes , ce manque de confiance ……impensable ! son aplomb alors qu’il est fautif…. 
La logique et la cohérence ne sont pas invitées dans le charivari de mes idées .
-Paul , continue , tranquille en apparence  “inutile de me raconter des fadaises  , de nier , j’ai trouvé votre billet dans la poche de la veste de ma femme…tenez le voilà”  “Rendez-vous à 20h à la Cigale , j’ai décidé de répondre moi aussi à votre invitation “.
Mon pauvre voisin n y comprend rien ,il se défend comme un beau diable….”c’est une erreur , une terrible méprise , je ne connais pas votre femme…je la vois pour la première fois , j’ai juste échangé quelques mots avec elle , en fait j’attendais un ami qui n’a pu venir , il traverse une période délicate et je m’inquiète pour lui….” il se croit obligé d’expliquer , de se justifier , fort heureusement , apparemment  , il n’est pas d’un naturel belliqueux .
Peine perdue ,mon mari n’en croit pas un traître mot  et répète d’une voix ironique : ” mais bien sur….mais bien sur…..” 
J’ai enfin retrouvé mes esprits pour prendre la parole et essayé de dénouer cet imbroglio . L’argument péremptoire de Paul à propos du billet à produit un électrochoc ….évidemment le fameux billet !
Mais voilà en racontant l’histoire ,la vérité , je prends enfin vraiment conscience de son peu de crédibilité , tout joue contre moi et difficile d’admettre pour mon mari que je  suis sincère , pas son genre de “prendre des vessies pour des lanternes “…
Pourtant mensonges pour mensonges , j’aurais pu faire mieux et plus vraisemblable , cette constatation semble faire réfléchir Paul. Mon caractère pondéré , sérieux , organisé , intercède en ma faveur d’un côté et me dessert de l’autre .
-Oui , mon alibi aurait été inattaquable , mes explications sensées voir irréfutables mais impensable que je sois aussi inconséquente et puérile …..
 
Il y a eu dans notre couple une période difficile, Paul a fini par me croire ou du moins dire qu’il me croyait et la vie a repris son cours.
Il préférait oublier quoi ? Un possible adultère ou cette facette inconnue de sa femme qui l’obligeait à s’interroger sur lui et nous …..
Cet épisode appartient au passé mais demeure une empreinte indélébile……..
quel qu'un a perdu un billet et ma vie a failli basculer , tourner au  désastre …rendez-vous à…
Il m'arrive parfois de me demander , non sans crainte , ce que je regrette le plus : 
avoir agi comme je l'ai fait..
 ou ne pas avoir  eu vraiment moi..ce jour là ….
                          un rendez vous à ….