Le qu’en dira t’on  ? 
Dans une ferme isolée au milieu des champs vivait chichement une famille de paysans, l’aïeul , les parents et leur trois enfants .
Le cadet , un jeune garçon silencieux et un peu timide se désespérait de ne connaître que le ciel qui défilait au dessus de sa tête au rythme des saisons.
Le père , soucieux de lui faire découvrir d’autre horizons , décida de l’emmener tous les samedis après-midi au village situé à une lieu .
Heureux de cette sortie , ils partirent joyeux , le gamin juché sur le dos de l’âne , le père marchand à ses côtés d’un pas alerte et décidé .Chacun avait hâte d’arriver
Aux abords du village , ils rencontrèrent des autochtones qui se rendaient au marché dans de rutilants attelages
Le gamin écarquillait les yeux en esquissant un sourire et son père soulevait déjà son chapeau pour saluer tout ce beau monde au passage
” Quel enfant mal élevé et sans respect !”
- “ C'est  un comble ! c’est lui qui fait le trajet assis sur le dos du bourricot”
Interloqués , peinés par ces commentaires désobligeants , ils décidèrent de rebrousser chemin . Leur sortie était gâchée et ils n’osaient pas s’aventurer plus loin de peur de subir d’autres remarques .
Le samedi suivant , ils décidèrent d’inverser leur place mais dans la grande rue , quelle ne fut pas leur surprise , d’entendre derrière leur dos une ménagère se révolter :
” quel père dépourvu de pitié ! Il utilise un âne pour se déplacer et oblige son jeune fils à faire tout le chemin à pied .”
Plus question pour eux de prolonger leur promenade de cette façon .
Ils se résolurent à marcher tous les deux en tirant l’âne derrière eux .
Ils croisèrent un groupe de quidams sortant bruyamment du café ” chez Toine ” . En les regardant d’un œil goguenard , ils s’esclaffèrent :
” Qu’ils sont stupides de se fatiguer au lieu d’utiliser leur monture !”
avec forts éclats de rire et claques dans le dos et s’éloignèrent en vacillant .
Pour ne plus prêter flanc aux quolibets , la fois suivante ils enfourchèrent l’âne tous les deux ,convaincus d’avoir trouvé la bonne solution .
A la sortie de la messe , sur la place de l’église , des paroissiens charitables , indignés plaignirent l’animal :
” Pauvre bête ! Quelle charge on lui fait porter sans se soucier de sa peine “
Ne sachant plus que faire , ils regagnèrent leur chaumière , prêts à se priver de cette escapade qui les réjouissait tant
Ils eurent alors l’idée d’entrer dans le bourg , la fois suivante , en portant l’âne sur leur dos .
Chemin faisant , un attroupement se formait sur leur trajet, tout le monde pouffait et s’écriait :
” Qu’ils sont sots ! Ils portent l’âne au lieu de se faire porter par lui “
Pour ne plus être la risée de tous , ils s’enfuirent pour se cacher sous les cyprès du cimetière communal
Après ces expériences traumatisantes , le fils était très perturbé , il ne voulait plus se rendre au village tant il appréhendait le jugement des habitants .
Il s’enfermait dans un coin du grenier, refusait de dîner , en voulait à son père , le responsable à ses yeux de ce fiasco.
Le patriarche , en sage qu’il était, monta le voir, s’assit près de lui et lui confia :
” Tu vois comment sont les gens , quoique tu fasses , ils trouvent toujours quelque chose à redire….il y aura toujours quelqu’un pour critiquer ce que tu fais , pour être en désaccord avec ta façon d’être ………….”
- “ tires-en la leçon et dorénavant agis selon ton idée sans les écouter ”



Nouvelle inspirée par un court métrage